Rempart de Narbonne Barques & Cours Mirabeau

Un article de Le petit narbonnais.


Sommaire

[modifier] Découvertes relatives aux remparts de Narbonne

  • Les remparts de Narbonne sont une longue histoire, la plupart du temps méconnue, faute de vestiges hors le sol. Pourtant, ils ont joué un rôle important et conditionné durablement l’aspect de la ville,jusque dans sa configuration actuelle.

[modifier] Découvertes récentes de l’été 2012

  • A l’occasion de l’ambitieux chantier de réhabilitation de la promenade Les Barques et du cours Mirabeau, en rive gauche et en rive droite du canal de La Robine d’Aude, des vestiges significatifs des fortifications de Narbonne et du rempart médiéval du Bourg, situés de part et d’autre de l’ancien pont

de la Chaîne appelé aussi Pont de Sainte Catherine ont été atteints par les engins de chantier, puis dégagés,pour les besoins de la recherche et de la documentation historique.

  • Ces opérations, suivies par la Ville de Narbonne et le Service Régional de l’Archéologie, ont été effectuées par l’archéologue du service

Culture et Patrimoine, avec l’aide ponctuelle de l’association archéologique A.N.T.E.A.S. dont le Président est Jean-Marie Falguera et le soutien des services techniques municipaux.

[modifier] Promenade des Barques

  • Début juin, côté promenade des Barques, le rempart de la première moitié du XVIe siècle a été observé. Constitué de parements soignés, en moyen appareil régulier, et d’un solide blocage, il mesurait 2,40 m d’épaisseur. Parallèlement à lui, a été reconnu un mur d’un peu plus d’un mètre d’épaisseur et de même apparence. Les deux maçonneries encadraient une salle, large de 2,40 m, dont le départ de la voûte en berceau était encore conservé. Son accès et le sol de circulation, en terre

battue, ont été localisés très bas, presque aux abords de la nappe phréatique et donc du niveau du canal(établi autour de 2,30 m ngf).

  • Les parois intérieures étaient munies d’encoches ou de niches. Cette salle était en réalité engagée sous la porte Sainte-Catherine, qui fut ouverte dans le rempart en 1696 seulement. Elle n’a pas pu être étudiée, pour la raison qu’étant située trop haut, elle a été entièrement détruite, autour de 1872. Considérant son aspect et sa situation, il est possible que la salle voûtée ait abrité le mécanisme, permettant de tendre en travers du canal, chaque soir, la fameuse chaîne, destinée

à y interdire tout mouvement nocturne de bateaux. C’est ce dispositif qui avait donné son nom au pont de la Chaîne, détruit en 1885, sur le dos d’âne duquel s’élevait le petit oratoire à Notre-Dame du Pont.

  • Après avoir été fouillés, relevés et pris en photos, ces vestiges ont été rebouchés à la fin du mois de juin.

[modifier] Cours Mirabeau

  • Le 7 juillet dernier, côté cours Mirabeau, en rive droite et en vis-à-vis du premier sondage, d’autres vestiges ont été accrochés par les engins de chantier. Depuis cette date, ces maçonneries ont été dégagées, nettoyées et relevées, à raison de deux ou trois séances par semaine, en vue de leur mise au jour significative, tant en élévation qu’en plan.
  • Parvenu au terme de la première phase de fouille, il est possible maintenant, d’aborder le chapitre descriptif et d’affirmer que nous sommes en présence de deux aménagements juxtaposés.
  • Au nord du sondage, le rempart du début du XVIe siècle, de 3,20 m d’épaisseur, avec son parement robuste en grand appareil et son fruit marqué débutant assez haut, se dirige vers l’ancien pont de la Chaîne, grâce auquel - et moyennant un rétrécissement de son épaisseur - il enjambait La Robine

d’Aude. Au sud, il est adossé à un autre dispositif, de plan demi-circulaire et d’un diamètre de 4,65 m, qui se prolonge, en ligne droite, en direction du Bourg. Cet ouvrage évoque une petite tour pleine (du moins dans sa moitié inférieure, seule conservée),soigneusement parementée en moyen ou en grand appareil régulier. Les faces des blocs sont bien ragréées et les joints qui les séparent sont généralement fins et précis. De plus, beaucoup de pierres présentent une ou plusieurs marques de tâcherons : on note des carrés, des triangles, un cœur, deux étoiles et des croix, pattées ou non, à simple ou double branche mais aussi des motifs plus élaborés,rappelant souvent les instruments utilisés par les tailleurs de pierres ou les maçons (compas, niveau, équerre, fil à plomb).

  • En élévation, la « tour » a été dégagée à un endroit jusqu’à 5 mètres de profondeur, mais il est certain,grâce à des observations faites en 1986, qu’elle continue bien au-delà, sous le niveau de la nappe phréatique et même sous celui du zéro ngf.Au profil vertical du parement succède un fruit débutant plus bas et à l’inclinaison moins marquée que dans le rempart contigu. On observe aussi qu’à partir d’une certaine hauteur (autour de 6,00 m ngf),les assises, constituées jusque là de beaux blocs en calcaire dur gris foncé, sur lesquels se concentrent d’ailleurs la majorité des marques gravées, cèdent la place à d’autres, uniquement formées de pierres

en calcaire tendre local, de couleur jaune.

  • Il est probable que ce demi-cercle parfait constituait la terminaison, côté Robine, d’une sorte de barbacane, raccordée au rempart médiéval du Bourg et destinée à protéger le pont des Prêcheurs (ancêtre du pont de la Chaîne). En effet, cet ouvrage étant antérieur au mur du début du XVIe siècle, il

ne peut donc remonter qu’au Moyen Âge et, par son aspect et son profil, être attribué au cours du XVe siècle ou à la deuxième moitié du XIVe siècle. Il s’inscrirait alors, dans la suite des travaux engagés après le siège du Prince Noir (1355), tout au long de cette période marquée par la guerre de Cent Ans, qui vit s’opposer durablement les royaumes de France et d’Angleterre. C’est une portion rectiligne de ce même mur, longue de 22 mètres, qui avait été vue en 1986, puis rapidement étudiée par Raymond Sabrié, à une dizaine de mètres plus au sud, avant qu’elle ne soit intégralement détruite,pour l’aménagement du parking souterrain Mirabeau.

  • Il ne faut pas manquer d’ajouter à cette description succincte, la découverte, à la tête et dans le début de l’empattement taluté de la « tour », à un peu plus de 3 mètres de profondeur, de l’attache et de la moitié du premier maillon d’une grosse chaîne. Il s’agit d’un vestige étonnant, du dispositif évoqué ci-dessus,

si symbolique du rôle de place forte, joué par Narbonne entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Texte de Dominique Moulis

[modifier] Repères bibliographiques