La Mante Religieuse

Un article de Le petit narbonnais.

lou Prègo-Diéu la bête qui prie Dieu
lou Prègo-Diéu la bête qui prie Dieu

Sommaire

[modifier] Mantis religiosa Linn.

[modifier] La bête du Midi

  • D'intérêt au moins égal à celui de La Cigale , mais de célébrité bien moindre, parce qu'elle ne fait point de bruit.
  • Si le Ciel l'eût gratifiée de cymbales, première condition de la popularité, elle éclipserait le renom de la célèbre chanteuse, tant sont étranges et sa forme et ses moeurs. On l'appelle ici lou Prègo-Diéu la bête qui prie Dieu.

[modifier] Son nom officiel est Mante religieuse

  • Le langage de la science et le naïf vocabulaire du paysan sont ici d'accord et font de la bizarre créature une pythonisse rendant ses oracles, une ascète en extase mystique.

La comparaison date de loin. Déjà les Grecs appelaient l'insecte Mantiz , le devin, le prophète.

[modifier] Belle prestance

  • L'homme des champs n'est pas difficile en fait d'analogies ; il supplée richement aux vagues données des apparences. Il a vu sur les herbages brûlés par le soleil un insecte de belle prestance, à demi redressé majestueusement.
  • Il a remarqué ses amples et fines ailes vertes, tramant à la façon de longs voiles de lin ; il a vu ses pattes antérieures, des bras pour ainsi dire, levées vers le ciel en posture d'invocation. Il n'en fallait pas davantage ; l'imagination populaire a fait le reste ; et voilà, depuis les temps antiques, les broussailles peuplées de devineresses en exercice d'oracle, de religieuses en oraison.

[modifier] Ces airs patenôtriers cachent des moeurs atroces

  • Ces bras suppliants sont d'horribles machines de brigandage : ils n'égrènent pas des chapelets, ils exterminent qui passe à leur portée.
  • Par une exception qu'on serait loin de soupçonner dans la série herbivore des Orthoptères, la Mante se nourrit exclusivement, de proie vivante. Elle est le tigre, des paisibles populations entomologiques, l'ogre en embuscade qui prélève le tribut de chair fraîche.
Elle a presque une physionomie
Elle a presque une physionomie
  • Elle ne manque même pas de gracieuseté, avec sa taille svelte, son élégant corsage, sa coloration d'un vert tendre, ses longues ailes de gaze. Pas de mandibules féroces, ouvertes en cisailles ; au contraire, un fin museau pointu qui semble fait pour becqueter.
  • A la faveur d'un cou flexible, bien dégagé du thorax, la tête peut pivoter, se tourner de droite et de gauche, se pencher, se redresser.
  • Seule parmi les insectes, la Mante dirige son regard ; elle inspecte, elle examine ; elle a presque une physionomie.

Extrait du texte de Jean-henri Fabre