Josy Farré

Un article de Le petit narbonnais.

Sommaire

[modifier] Josy notre mémoire narbonnaise

  • De son nom de jeune fille Josette Goutelle, est née le 1er décembre 1929 à Narbonne.
  • On ne verra plus sa silhouette frêle, qui parcourait la ville, le Le massif de la clape,les Corbières, les sites historiques, les villages… car Josy Farré nous a quittés ce lundi 19 mars 2012 dans la soirée, à l’âge de 82 ans.
  • Elle avait une connaissance du Pays Narbonnais comme nulle autre : fleurs, plantes, légendes, histoire, sentiers, rien n’avait de secret pour elle..."
  • Elle était atypique, déterminée, fière et si cultivée... Son caractère bien trempé produisait, parmi ceux qui la rencontraient pour la première fois, ou chez ceux qui la connaissaient de longue date, une réaction de réserve. Josy ne laissait pas indifférente elle était décriée ou adulée. D’une manière générale, elle n’aimait pas le conformisme, l’hypocrisie et les faux-semblants. Elle avait son franc-parler et ne craignait pas de trancher dans le vif, dans ses goûts comme dans ses relations.

[modifier] Elle rêvait d'être égyptologue

  • Passionnée d'histoire et d'archéologie,elle aurait aimé être égyptologue, elle faisait partie, depuis une trentaine d'année , du Groupe de Recherches Archéologiques du Narbonnais, présidé par Monsieur Raymond Sabrié, et elle en constituait l'âme et la cheville ouvrière. Inlassablement, avec constance et enthousiasme, elle a participé à de nombreux projets et à de nombreux chantiers, à Narbonne et dans toute la région, mais le site du Clos de la Lombarde, a été celui auquel elle est restée fidèle jusqu'au bout et où elle s'est investie le plus. Elle aimait particulièrement ce site et elle le faisait découvrir comme personne ne pourra plus le faire...
  • Elle conduisait des visites commentées, pour des groupes ou des particuliers, toujours disponible, toujours désireuse de faire découvrir et partager les richesses des musées et les témoignages de la longue histoire de Narbonne.

[modifier] Elle était cultivée

  • Ses grandes connaissances dans des domaines variés l'ont amenée à participer au montage d’expositions d’Archéologie et à la réalisation du volume de la Carte Archéologique de Narbonne, paru en 2003, sur la couverture duquel son nom apparaît en bonne place: Narbonne et Narbonnais
  • Ces dernières années, elle continuait à fréquenter le milieu de l'archéologie et Le clos de la Lombarde mais aussi les musées et La Médiathèque. Elle adorait les livres et pendant des années elle s'était occupée de la bibliothèque de la Commission Archéologique. Elle consacrait l’essentiel de son temps à la randonnée, qu’elle aimait partager avec passion, accumulant jusqu'à ces dernières semaines, des kilomètreeeeeeeeeeeees et des heures de marche.

[modifier] Croyante mais pas Grenouille

  • Elle était croyante mais se méfiait des « grenouilles de bénitier » comme elle disait. Elle voulait aller au-delà des apparences et des conventions, se passer des intermédiaires peu investis, avoir un dialogue direct avec le divin.
  • Elle allait se recueillir à la Cathédrale de Saint Just Saint Pasteur, c'était sa Cathédrale!

[modifier] Personnage haut en couleur

  • Elle se plaisait à raconter qu’elle ne faisait qu'un repas par jour, qu’on lui confiait les tâches les plus minutieuses, que Narbonne était la ville du faux et elle énumérait : l’amphore du rond point des plages, la borne kilométrique romaine près de Parc des sports et de l'amitié, l’ancre romaine près du Théâtre, La Louve de la place Bistan…, la main sur la hanche les pieds en position de danse "quatrième " et ses petits yeux bleus pleins de malices, on ne l'arrêtait plus...amoureuse de Narbonne et de son histoire qu'elle partageait avec bonté.
  • Elle était fière de son passé de danseuse, du couple qu'elle formait avec son mari, trop tôt disparu, des prix de danse de salon qu'ils avaient remporté ensemble et aimait à se rappeler cette période heureuse de sa vie.Elle a été championne de danse de salon dans sa jeunesse, au cours des années 1950, avec son mari, Amédé, les anciens narbonnais s'en souviennent encore!
  • De cette union est née un fils Jean-Luc, malheureusement, mort trop tôt,victime de la drogue...sa vie basculera à ce moment là.
  • Elle était rigolote, elle adorait les porte-clés,elle donnait à manger aux chats du quartier du Clos de la Lombarde, elle s'asseyait toujours sur les chaises de côté Salle des Synodes, elle détestait les miroirs et... les volets de sa maison étaient toujours fermés. elle était "ELLE"... c'est comme ça qu'on l'aimait! Lise Alvarez & Dominique Moulis

[modifier] Hommage par Madeleine Escande

  • Petit minois perdu sous d’amples vêtements,
  • Cachant un corps fragile, toujours en mouvement,
  • Tu accordais ta marche, enjambant les espaces,
  • En cherchant le Chemin pour sortir de l’impasse
  • Prêchée par Diogène, méprisant les richesses,
  • Les conventions sociales, au nom de la Sagesse !


  • Possédant le savoir de certains dieux antiques,
  • En botanique, ou sciences archéologiques,
  • Tu partageais, pour tous, tes connaissances acquises
  • Mais nul n’a pu fouler le sol de ta banquise
  • Ta porte restera close et tes volets fermés…
  • Peut-être t’es-tu sentie, par certains, mal-aimée ?


  • De tes certitudes, tu ne voulais démordre
  • Inutile de chercher à y mettre de l’ordre !
  • Peu importe ! Tu étais sur le chemin de Dieu,
  • Mais lequel d’entre nous peut entrer seul aux Cieux ?
  • Ta seule nourriture et ton pain quotidien
  • Étaient l’eucharistie pour être ton soutien.


  • Trop tôt laissée pour veuve, avec un fils unique,
  • Tu n’as pu éviter un combat pathétique.
  • Tu as beaucoup souffert ; il n’avait plus son père...
  • Tu l’as confié à Dieu en disant « Notre Père ».
  • Tu vas les retrouver en quittant notre terre !
  • Nous te disons Adieu ! Aujourd’hui on espère !

[modifier] Sermon du Père Georges Rieux, conseiller spirituel de Josy

  • Au soir de la Saint Joseph, patron de la « bonne mort », notre amie Josi est parvenue au terme de son pèlerinage terrestre.
  • Marcheuse infatigable, femme de la Bible et de tous les Exodes, désinstallée, nomade, elle a marché, comme le prophète Elie, vers les montagnes de Dieu, fortifiée par le Pain de la route, qui était sa manne quotidienne à la messe du soir, dans cette cathédrale.
  • Pieuse mort, préparée dans la prière et la contemplation de la sainte eucharistie. Le soir du mercredi 14 mars, nous avions chanté ensemble, sur son lit de douleur, l’hymne qui avait bercé les premières années de sa foi et de son éducation chrétienne : O salutaris Hostia ! Elle avait longuement regardé l’hostie, force, aide précieuse pour l’ultime étape, anticipation de la vie éternelle, parce que présence à nos vies mortelles d’une semence de résurrection…

« Que cette grâce nous soit donnée, disait François Mauriac, de ne pas mourir sans le Viatique, …qu’ensevelis dans l’eucharistie nous nous réveillions au pied du Christ Vainqueur du monde, et qu’Il soit béni de cette immense espérance de ne pas mourir seuls » (in le Jeudi-Saint).

  • Et c’est cela mes amis, le regard de la foi : la perception de la réalité ultime des êtres et des choses, par-delà les frontières du visible, et mieux encore, par delà l ‘opacité de la souffrance humaine.

« J’offre tout » confiait-elle à quelques-uns, même si je suis une éternelle révoltée, j’offre même le jeune imprévu de ce Carême puisque je ne peux plus manger ». Il nous faut recueillir pieusement ce témoignage fait de révolte et d’offrande, de souffrance et d’oblation, de blessures multiples et de foi intacte.

  • Devant une femme qui a souffert, nos cœurs sont appelés à la compassion. Vous l’avez visitée, entourée, vous lui avez offert le trésor infini de votre présence aimante. Il me semble qu’elle nous invite à continuer sans relâche devant le cortège grandissant des misères humaines en ces heures où coule le sang innocent. Chaque douleur est unique, mais elle nous ouvre à une compassion sans frontière.

C’est pareillement dans la lumière de la foi que nous pouvons comprendre la passion de Josy pour l’archéologie, pour la quête rigoureuse des archives de la vie et des socles d’une civilisation.

  • Une croyante enracinée dans un terroir, dans cette poussière des fouilles qu’elle apprenait aux plus jeunes à manier avec précaution.
  • Ne nous dit-elle pas qu’il n’y a pas d’homme sans mémoire, d’arbre sans racines, de futur possible sans la connaissance du passé, de construction durable sans fondements solides ?

Elle était, disait une amie : « la Mémoire vivante des églises romanes ».

Passionnée par l’histoire, elle croyait que l’histoire débouche, malgré ses fracas, sur la réussite finale de la Création, ce Royaume de l’Amour que Jésus a promis et qui s’esquive ici-bas dans le plus petit acte d’amour qui grandit la face humaine !

  • Je crois de tout mon cœur aux délicatesses divines. Cette parole de Dieu que Josy aimait lire et commenter, comprendre en profondeur, cet évangile que nous venons d’entendre, je pressens qu’il va devenir pour elle, surprise divine et joie des retrouvailles.
  • Quand il était parmi nous, et comme une figure de ce qui adviendra un jour pour toutes les mères douloureuses qui ont perdu un fils, Jésus fut pris de pitié devant une veuve qui avait perdu un fils unique. Les larmes de Dieu devant l’abîme de la douleur humaine. C’était, comme dit l’Ecriture, « aux jours de sa chair », aux jours où l’Un de la Trinité vivait à nos côtés. Comment passé dans la gloire, le Christ pourrait-il être moins aimant ?
  • Alors, ne pleurez plus Josette,

Ils sont finis pour vous les jours de la Passion et regardez ce jeune homme qui vient au-devant de vous, dans la gloire de son éternelle jeunesse. Chaque 21 juillet, vous le glissiez dans l’offrande du Christ : que Jean-Luc vous introduise dans la Maison où nous nous retrouverons tous.

« Et Jésus le rendit à sa mère » Luc 7/11-17. Amen.